
Quand on parle de la plus ancienne marque au monde, la réponse dépend d’un critère de mesure rarement explicité : parle-t-on de la plus vieille entreprise encore active, du plus ancien nom commercial, ou du premier enregistrement légal d’une marque ? Ces trois définitions produisent des classements très différents. Cet article compare ces catégories et analyse ce qui distingue les entités millénaires des marques centenaires sur le plan de la longévité.
Marques déposées, entreprises actives et noms commerciaux : tableau comparatif
| Catégorie | Exemple | Date de référence | Particularité |
|---|---|---|---|
| Plus ancienne entreprise (activité continue) | Kongō Gumi (Japon) | 578 | Construction de temples, absorbée en 2006 mais toujours active |
| Plus ancien hôtel familial | Hōshi Ryokan (Japon) | 718 | Gestion familiale sur plus de 46 générations |
| Plus ancien domaine viticole (Europe) | Staffelter Hof (Allemagne) | 862 | Structure familiale, production ininterrompue |
| Plus ancien nom commercial brassicole | Stella Artois (Belgique) | 1366 | Nom lié à une brasserie dont les origines remontent au XIVe siècle |
| Plus ancienne marque déposée légalement | Bass Ale (Royaume-Uni) | 1876 | Premier enregistrement officiel sous le Trade Marks Registration Act |
Ce tableau met en lumière un écart de plus d’un millénaire entre la plus ancienne entreprise et la première marque déposée au sens juridique. La notion de « marque » n’a acquis de statut légal qu’au XIXe siècle, ce qui rend toute comparaison directe trompeuse sans ce cadre.
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Pour approfondir l’histoire de la plus vieille marque du monde, il faut distinguer l’ancienneté du nom de celle du dépôt juridique, deux réalités que les classements mélangent souvent.

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Longévité des marques japonaises : structures familiales et transmission
Le Japon concentre une proportion remarquable d’entreprises millénaires. Kongō Gumi, fondée en 578, a bâti des temples bouddhistes pendant plus de quatorze siècles. Hōshi Ryokan, un ryokan fondé en 718, fonctionne encore sous gestion familiale.
Ce qui distingue ces entités, c’est une structure de transmission familiale sur plusieurs dizaines de générations. Le modèle repose sur l’adoption d’héritiers compétents (une pratique courante au Japon) plutôt que sur la seule filiation biologique. Cette flexibilité dans la succession explique en partie pourquoi ces entreprises ont survécu là où d’autres se sont éteintes.
IA et patrimoine : le cas du tourisme virtuel
Depuis 2025, des entreprises comme Kongō Gumi ont diversifié leurs revenus vers le tourisme virtuel, permettant de valoriser leur héritage artisanal sans le dénaturer. Le défi pour ces marques millénaires consiste à utiliser l’intelligence artificielle (reconstitutions 3D, visites immersives) tout en préservant le récit historique qui fonde leur identité.
L’enjeu n’est pas anodin. Une marque dont la narration repose sur des siècles de savoir-faire artisanal risque de perdre en crédibilité si l’IA générative produit du contenu détaché de cette réalité. Préserver l’authenticité face à l’IA générative devient un enjeu de marque, pas seulement de technologie.
Protection juridique des marques centenaires en Europe
L’EUIPO a introduit en mars 2026 une procédure accélérée de « renouvellement patrimonial » destinée aux marques déposées avant 1900. Cette mesure vise à faciliter la protection numérique de ces marques face aux usages non autorisés par l’IA générative.
Parallèlement, les tribunaux européens constatent depuis 2024 une hausse des contestations de validité portant sur les plus anciennes marques déposées. La cause principale : l’extension des indications géographiques protégées, qui entre parfois en conflit avec des noms commerciaux enregistrés de longue date.
- Les marques antérieures à 1900 bénéficient désormais d’un renouvellement simplifié via la procédure EUIPO de 2026
- Les litiges sur la coexistence entre marques centenaires et indications géographiques sont en augmentation depuis 2024
- La protection contre l’utilisation par l’IA générative constitue un nouveau champ du droit des marques en Europe

Entreprises européennes anciennes : résilience par le modèle familial
Staffelter Hof, domaine viticole allemand fondé en 862, illustre un modèle de longévité différent de celui des grandes marques industrielles. Les structures familiales montrent une résilience supérieure aux marques adossées à des groupes, une tendance observée dans les analyses post-pandémie.
Stella Artois, dont le nom remonte à 1366, a connu un parcours inverse : passée sous le contrôle de grands groupes brassicoles, la marque a conservé son ancienneté comme argument marketing, mais sa gouvernance n’a plus rien de familial depuis longtemps.
Ce que la longévité révèle sur la stratégie de marque
La comparaison entre Staffelter Hof et Stella Artois montre deux voies de survie pour une marque ancienne :
- Le maintien d’une structure familiale avec diversification prudente (tourisme, vente directe)
- L’intégration dans un grand groupe avec exploitation du récit historique à grande échelle
- Dans les deux cas, le récit d’origine reste le principal actif immatériel
En revanche, les marques qui ont perdu leur récit fondateur au fil des rachats peinent à justifier leur prime d’ancienneté auprès des consommateurs.
La frontière entre « plus ancienne marque » et « plus ancienne entreprise » reste poreuse, et les classements varient selon le critère retenu. Ce qui ressort des données disponibles, c’est que la longévité tient moins au secteur d’activité qu’au mode de transmission et à la capacité de protéger un récit fondateur, y compris face aux outils numériques qui le reproduisent sans le comprendre.